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Elles, les prostituées et nous

Sophie BOUILLON

Sophie BOUILLON

Avant toute chose, je remercie vivement Babelio, l’opération Masse Critique et les éditions Premier Parallèle pour m’avoir donné la chance de découvrir ce livre de Sophie Bouillon. Cette lecture fut à la fois troublante et magnifique.

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Elles s’appellent Camilla, Kristina, Precious, Laurence ou encore Rosen.

 

Elles viennent de tout milieu, sont de tout âge. Elles ont un point commun : ce sont des prostituées. Elles vendent leur corps, que ce soit voulu ou non, pour vivre.

 

Sophie Bouillon a décidé d’enquêter sur celles qui sont mises au ban de la société. Elle est allée les écouter lui parler de leur vie, des clients et de ce qui fait leur quotidien.

 

Elle les a présentées, telles qu’elles sont, à l’état brut sans fioriture. Elles lui ont parlé mais sans ouvrir à fond leur cœur, elles ne le peuvent pas. Elles sont blindées pour tenir le coup.

 

Sophie Bouillon les a écoutées sans les juger, une oreille attentive là où elles n’en trouvent jamais. J’ai été atterrée par certaines réactions même si, au fond de moi, je n’étais pas si surprise que ça. L’image qu’elles donnent n’a jamais changé. Une femme qui se fait payer, quelle que soit la raison, ne mérite pas le respect.

 

Mais pourquoi donc ? Pourquoi une femme qui doit se vendre pour vivre, survivre même, ne mérite-t-elle pas le respect ? La société n’évolue pas, les mentalités sont figées dans ce carcan bourgeois du quand dira-t-on et de l’image.

 

J’ai été fascinée par le combat de Laurence, qui a voulu que Sophie Bouillon mentionne son nom et qui se bat maintenant pour la pénalisation à l’encontre des clients. Cette femme a raconté sa vie, qui ne peut qu’émouvoir, et le combat qu’elle mène pour que l’on punisse les clients.

 

Sans vouloir entrer dans un débat politique ou social, je suis d’accord avec l’idée de pénaliser les clients, mais j’ai bien peur que ça ne soit pas suffisant.

 

Il y aura toujours des clients car il y aura toujours de la prostitution, et vice versa. Il y aura toujours, dans les pays les plus pauvres, une « clientèle » de jeune femmes qui voudront fuir la misère de leur pays et se retrouveront enchaînées à un mac qui les obligera à se prostituer pour, soit disant, rembourser une dette qui ne sera jamais remboursée.

 

Mais je me dis que c’est déjà un début. Car oui, il est injuste de ne punir que la prostituée et pas le client. S’en tirer avec une bonne tape sur les doigts était inadmissible. Maintenant, ils veulent agir… J’attends de voir.

 

Mais la mentalité : va-t-elle changer ? Doit-on leur tourner le dos parce qu’elles font ce qu’elles font ? Cela, à mon sens, ne fait que creuser encore un peu plus le fossé qui les sépare de nous. Le fait qu’elles soient en ban de la société aggrave leur situation.

 

Alors oui, certaines le font pour le plaisir, si tant est que l’on puisse nommer cela ainsi. Devenir escort girl semble avoir un attrait non négligeable sur certaines jeunes filles (comme Camilla), mais, au final, le but reste le même. Elles vendent leur corps de la même façon.

 

Le fait de les rencontrer et de les exposer permet de les humaniser mais aussi, de montrer la face cachée de leur vie. Quand Sophie Bouillon décrit les bordels où elle est allée, on est loin du glam imaginé par certaines jeunes filles.

 

J’ai réfléchi longtemps à comment j’allais tourner ma chronique. J’ai lu ce livre en deux heures il y a plus d’une semaine mais j’ai mis du temps avant d’écrire. Je ne voulais pas tomber dans le commentaire banal. Je voulais exprimer la palette d’émotions ressentie à sa lecture et j’espère y arriver.

 

Ce livre ne laisse pas indemne, dans le sens où personne ne peut rester sans s’émouvoir à sa lecture. Certaines de ses filles sont plus jeunes que moi et je me dis que j’ai eu beaucoup de chance de naître comme je suis née. Cela peut faire présomptueux mais ce fut l’une de mes pensées.

 

J’ai eu aussi beaucoup de peine pour ces femmes, mais aussi de l’admiration. J’ai admiré le courage de celles qui ont réussi à quitter le milieu et qui osent parler.

 

Elles, les prostituées et nous est un livre coup de poing à la justesse magistrale qui nous présente ces femmes qui, chaque jour, payent de leur personne, pour des raisons qui leur sont propres et subissent le manque de respect d’une société qui a préféré les bannir plutôt que de chercher à les comprendre et trouver des solutions.

 

Que ce soit par choix ou de force, ces femmes ne sont pas que des objets, ni des trous, que l’on peut traiter comme un sac plastique sous prétexte qu’on les paye. Elles sont des personnes de chair et de sang, des êtres humains. Elles sont la sœur, la mère, la femme, la fille de quelqu’un. Il ne faut pas l’oublier. Elles ont le droit au respect dû à chaque être humain…

 

Elles, les prostituées et nous est une prise de conscience.

 

Marjorie