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Articles avec #guerre catégorie

Cri

Janine Pham

Janine Pham

L’histoire :

 

Janvier 1979, Cambodge. Les vietnamiens viennent de libérer le pays de l’oppression des Khmers rouges. Il faut maintenant se reconstruire.

Reconstruire le pays, les familles. Car rien n’est plus comme avant. Des familles sont décimées, des milliers de personnes sont séparées des leurs.

Comment réussir à vivre quand, pendant 4 ans, la population a été asservie et que tout était interdit ?

 

Mon avis :

Avant toute chose, je tiens à remercier Benoît Couzi qui m’a donné la chance de découvrir cette pépite de Janine Pham. Je vous invite vivement à cette lecture qui changera votre vision de la liberté, telle que nous la vivons actuellement.

Janvier 1979. Cambodge. Le pays sort de 4 années d’oppression totale sous la dictature des Khmers Rouges, dont le plus célèbre dirigeant fut le tristement connu Pol Pot.

Tout était interdit : rire, pleurer, penser, s’habiller en couleur, avoir les cheveux longs, exister…

Les vietnamiens libèrent le pays mais le plus difficile reste à venir : la reconstruction du pays et de la population. Des familles entières ont été décimées, déchirées, séparées.

Comme Seng, qui a perdu toute sa famille et qui va découvrir que sa dernière fille, Samana, est finalement en vie. Il va partir à sa recherche de camp en camp.

Ou encore Sovann, qui va sauver la vie d’une petite fille et la protéger, au péril de sa vie, en la gardant à ses côtés, petit rayon de soleil dans un monde sombre.

Le plus grand don de Janine Pham est sa capacité à embellir ce qu’il y a de plus sombre dans son roman. Ses descriptions du pays, martyrisé par l’Homme, vous entraîneront au loin, à l’abri dans un cocon de douceur créé par sa plume si magique.

Par ce livre, Janine Pham combat l’oubli et nous présente ce que l’Homme peut imaginer de pire pour asservir son semblable, mais sous une forme tellement subtile que cela s’infiltre dans notre esprit en douceur.

Une scène en particulier a attiré mon attention tant elle fut marquante. Une bénévole d’un camp, après avoir lavé une petite réfugiée, lui demande de choisir des vêtements dans une pile pour s’habiller.

Cette petite fille ouvre des grands yeux devant cette masse de couleur, tellement stupéfaite qu’elle ne peut s’empêcher de jeter un coup d’œil par-dessus son épaule pour s’assurer qu’on ne l’espionne pas.

Cette simple vue des couleurs la met dans une joie immense qui emplit son cœur d’un bonheur non feint. Pour nous, occidentaux qui avons tout eu, cela peut laisser perplexe. Mais pour cette petite fille, qui dès sa naissance s’est vue tout interdire, cette vue est l’équivalent du Graal.

Cette scène est émouvante et décrit par l’auteure d’une façon magnifique.

Ce livre ne laisse pas le lecteur indifférent et nous sortons de cette lecture avec le cœur rempli d’une grande tristesse mais, également, d’une bienveillance nouvelle, d’une pensée nouvelle qui nous fait dire qu’il faut savoir apprécier ce que l’on a car, malheureusement, tout le monde n’a pas cette chance.

Je suis ravie de cette découverte et je vous invite à lire ce livre de Janine Pham, qui vous emmènera, telle une balade de douceur, dans les méandres de ce magnifique pays qu’est le Cambodge.

 

Marjorie

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1929 jours

Nicolas Mingasson

Nicolas Mingasson

Avant de commencer ma chronique, je tiens vivement à remercier Babelio, l'opération Masse Critique ainsi que les éditions LES BELLES LETTRES pour l'envoi de ce livre, que j'ai eu énormément de plaisir à lire.

 

L'histoire:

 

Ils s'appelaient Clément, Loïc, Pierre-Olivier, Sébastien, Thibault....

Ils venaient de toute la France, étaient de tous les âges et de tous les milieux sociaux.

Ils avaient une famille: un père, une mère, des frères, des sœurs, une femme, une compagne, des enfants.

Ils avaient deux points communs: ils étaient soldats et sont "morts pour la France".

Ils étaient 90.

 

Mon avis:

 

Je dois vous prévenir, vous lecteurs qui vous arrêtez sur cette chronique, que la lecture de ce livre est difficile et émouvante. Je n'en suis pas sortie indemne, moi-même, mais je me suis accrochée.

 

Il aura fallu 2 ans à Nicolas Mingasson pour écrire ce livre, deux années de recherches, d'entretiens. Deux années compilées en milliers de notes, de mots échangés, de journées passées lourdes en émotion.

 

Il aura fallu à Nicolas Mingasson beaucoup de courage, de self contrôle et de retenue pour mener à bien sa mission. Mais qu'elle était-elle au juste?

 

Écrire un livre sur le deuil? Écrire un livre sur la mort de soldats? Non, c'est plus que cela. C'est écrire un livre où, enfin, vont avoir la parole ceux que l'on n'entend pas.

 

Les familles, que ce soit les parents ou les épouses, les compagnons d'armes, les autres militaires, les supérieurs. Tous ces gens que l'on écoute jamais.

 

Ce livre est un témoignage, un hommage à toutes ces personnes qui ont vu leur vie chamboulée quand ils ont aperçu les militaires sur le pas de leur porte un beau matin.

 

La vie et la mort sont étroitement liées. Devenir soldat, c'est accepter cet état de fait, que la mort peut frapper à n'importe quel moment. Mais nous croisons la mort tous les jours. Seulement, cela nous saute moins aux yeux.

 

L'auteur a choisi de diviser son livre en étape: l'annonce de l'engagement puis celle du départ, la transition pour les soldats entre la France et l'Afghanistan, l'annonce de la mort, le retour des corps avec la cérémonie puis le travail de deuil qui suit.

 

Nous suivons ainsi l'évolution de ces familles.

 

Quel que soit le témoignage, le sentiment général est le même, dans une très grande majorité. Ce sont toujours les mêmes questions: pourquoi lui? Pourquoi s'est-il engagé? Pourquoi ce pays?

 

Je peux les comprendre, étant moi-même d'une famille de militaires. J'ai vu partir mon cousin pendant de longs mois dans son sous-marin. Mon parrain et ma marraine ont été en poste dans des pays en conflit pendant longtemps. Nous vivions aussi avec ce risque.

 

J'ose le dire mais sans critique, juste sous la forme d'un constat. Les gens qui ne le vivent pas ne peuvent pas comprendre ce que c'est.

 

Ce que j'ai apprécié dans ce livre, c'est de voir la parole donnée aux soldats également, à ces compagnons d'armes qui, non seulement doivent aussi faire leur deuil de leur ami, mais également vivre avec le sentiment de culpabilité du survivant.

 

Ils en parlent en toute franchise et j'imagine sans peine toutes les paroles non retranscrites par l'auteur, sûrement de peur que cela ne choque l'opinion publique. Mais ils ont pu en parler. Enfin on leur donnait la parole car, après avoir vu leur ami tomber, avoir porté leur corps pour ne pas le laisser sur place et n'avoir pas eu le temps d'encaisser la vérité, ils repartaient le lendemain sur une nouvelle mission.

 

J'imagine sans peine le calvaire psychologique subi par ces hommes et oui, je suis d'accord avec eux, l'armée présente beaucoup de lacunes sur l'aspect soutien psychologique aux soldats.

 

Nous pouvons également lire le témoignage de ces soldats survivants qui, sans tabou, racontent et nous font part de leur vie de maintenant, de cette déchéance morale et de cette lutte pour la survie.

 

La parole a été aussi donnée au personnel médical, qui doit se charger de la pénible tâche d'habiller les morts et de souvent tenter de leur redonner un semblant de visage. Eux, personne ne les écoute, ils ne peuvent pas s'épancher. Tout comme les hauts gradés, que l'on peut écouter enfin.

 

Voilà toute l'importance de ce livre. Il est donné la parole à ceux qui ne parlent pas, à ceux que l'on entend jamais. Car avant d'être un soldat, ces hommes étaient juste des hommes, des civils, comme si l'appartenance à l'armée faisait disparaître ce côté d'eux mais c'est ce qui les caractérise.

 

Avant d'être soldat, ils sont hommes.

 

1929 jours n'est pas un livre de deuil et d'acceptation. Il est un témoignage pour les gens, pour les générations futures, pour que l'on comprenne ce qui s'est passé et éviter de refaire les mêmes erreurs. C'est aussi une façon de nous dire de ne pas oublier.

 

J'ai longuement réfléchi à ce que j'ai lu et à ce que j'allais écrire. J'ai pris des notes, j'ai mis par écrit ce qui me traversait la tête pendant la lecture, tous ces sentiments ressentis.

 

Je souhaite éviter de rentrer dans le débat stérile qui pourrait découler tout naturellement de cette lecture, sur la présence de la France dans ces pays en guerre, de cette guerre qui semble tellement inutile pour beaucoup de monde et sur ces conséquences désastreuses.

 

J'évite délibérément de donner un avis sur ceci. Chacun a son avis là-dessus. J'ai souhaité ne parler que du contenu, des familles, des témoignages et de mon ressenti.

 

1929 jours doit être lu avec respect. Respect pour ces familles qui nous ouvrent leur cœur, respect pour ces hommes et femmes qui racontent ce qu'ils ressentent et vivent maintenant.

 

Il s'insère dans le devoir de mémoire que tout français devrait aider à perpétuer car, sans cela, on pourra vraiment dire qu'ils seront morts pour rien.

 

Si nous n'arrivons pas à apprendre du passé, alors ils seront morts en vain et cela n'est pas acceptable.

 

Marjorie

 

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