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VERA KAPLAN

Laurent Sagalovitsch

Laurent Sagalovitsch

L'histoire :

 

A Tel Aviv, un homme apprend par courrier le suicide de sa grand-mère, Véra Kaplan, dont il ignorait l'existence. La lettre venue d'Allemagne, est accompagnée de l'ultime témoignage de la défunte, et d'un terrifiant manuscrit : son journal de guerre, celui d'une jeune juive berlinoise qui, d'abord pour sauver ses parents puis simplement pour rester en vie, en est venue à commettre l'impensable, dénoncer d'autres juifs, par centaines. Dans ce récit sans complaisance, librement inspiré du destin véritable de Stella Goldschlag, Laurent Sagalovitsch dresse le portrait d'une victime monstrueuse dévoré par une pulsion de vie inhumaine.

 

Mon avis : Ce roman embarrasse, sa lecture est difficile, mais surtout je n'ai pas voulu juger.

 

Une lettre d'un notaire arrivée d'Allemagne en 1995, à la recherche de l'héritière de Véra Kaplan et un homme se découvre une grand-mère juive allemande, ce qui n'a rien d'extraordinaire pour lui dont la mère est née à Berlin en 1945. 

 

Alors le passé refait surface avec une violence inouïe. Dans les papiers fournis par le notaire, le testament de Véra adressé à sa fille, le journal d'une jeune juive à Berlin pendant les années terribles de la nomination d'Adolf Hitler au poste de Chancelier à la défaite du IIIe Reich.

 

Cette jeune fille Véra Kaplan qui voulait survivre et seulement sauver ses proches, prise dans la tourmente devient "agent de la Gestapo" et dévoile les adresses cachées de familles juives.

 

Le journal de Vera devenue à la fois délatrice et putain au service de la Gestapo, de cette alliance avec le diable est effrayant à lire.

 

Au fur et à mesure de l'avancée de la guerre, elle doit prouver son utilité, servir la mort et ses bourreaux pour lui échapper. Berlin devient une prison pour elle. Ce récit est marqué par la violence des actes, des non-dits et de la grande lâcheté des hommes.

 

A la fin de la guerre Véra Kaplan accouche d'une petite fille en prison, la justice va la lui enlever.

 

C'est un roman sur la transmission, les dégâts que causent les grands secrets, le poids qui se transmet de générations en générations. Ce livre est très très difficile à lire, car il touche à l'impensable. Et je comprends que cette lecture puisse mettre mal à l'aise des lecteurs.

 

La préface du livre est très intéressante :

"Qu'un peuple aussi débonnaire ait pu devenir ce peuple de chiens enragés, voilà un sujet inépuisable de perplexité et de stupéfaction. On nous reprochera de comparer ces malfaiteurs à des chiens ? Je l'avoue en effet : la comparaison est injurieuse pour les chiens. Des chiens n'auraient pas inventé les fours crématoires, ni pensé à faire des piqûres de phénol dans le coeur des petits enfants...."

Vladimir Jankélévitch, l'Imprescriptible.

 

Cet paragraphe est à la fin du livre, et je trouve que ce texte est tellement vrai :

"Les destins extraordinaires sont le fait d'époques extraordinaires. Si celui de ma grand-mère l'a été, c'est qu'elle a vécu à une époque extraordinaire. Elle n'a pas agi comme elle l'entendait, mais comme l'époque réclamait qu'elle agisse. Née à une autre époque, à une tout autre époque, son existence se serait écoulée dans la banalité d'une vie normale - mais elle est née à Berlin en 1922. Dès le départ, elle n'avait aucune chance que son histoire se termine bien."

 

Kalou