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Articles avec #litterature francaise catégorie

Passeuse d'âme - tomes 1 et 2

Lyn A Lewis
Lyn A Lewis

Lyn A Lewis

L'histoire:

 

Je m'appelle Erine Homes. Je tiens une petite boutique d'ésotérisme. J'ai un meilleur ami qui s'appelle Ian et j'essaye de mener une vie normale. Je dis bien essayer car cela est plus compliqué qu'il n'y paraît.

 

Ma famille a un don, ou serait-ce une malédiction. Et en digne héritière que je suis, j'ai un don aussi. Je suis un aimant à âme. Alors que les membres de ma famille marchent à la limite du bien et du mal, j'ai décidé de me servir de mon don à de bonnes fins. J'aime les humains qui sont "hantés" par une âme récalcitrante.

 

Et je dois dire que, pour le moment, ma petite vie est plutôt calme. Jusqu'au jour où mon chemin va croiser celui d'un homme à l'aura particulière.

 

Cette rencontre va changer ma vie et faire de moi une passeuse d'âme. Et là, sans vouloir faire de vilain jeu de mot, ce fut le début de la fin....

 

Mon avis:

 

J'ai eu la chance de recevoir en cadeau une kindle.

 

Certains ebooks m'étaient inaccessibles avec ma kobo. Grâce à ma kindle, j'accède à la librairie qui me permet d'emprunter certains romans, une sorte de bibliothèque de ville version 2.0.

 

Vivant à la campagne, j'ai très difficilement accès à une bibliothèque. Aussi, j'ai sauté sur l'occasion. Au gré de mes pérégrinations kindlesque, je suis tombée sur le tome 1 de Passeuse d'âme de Lyn A Lewis. Ayant eu des critiques plutôt positives, je me laisse tenter.

 

Et c'est ainsi que je me suis retrouvée à enchaîner les tomes 1 et 2. J'ai été tellement prise dans l'histoire que j'ai voulu connaître la suite sans plus attendre.

 

C'est pour cela que j'ai décidé de faire une chronique commune pour vous présenter ces deux tomes.

 

L'histoire débute, dans le tome 1, avec Erine Homes, descendante d'une famille ancienne aux pouvoirs importants, et ayant le don d'attirer les âmes comme un aimant. Choisissant de mettre ses talents aux services des autres, elle aide les gens en enfermant les âmes les plus sombres et dangereuses.

 

Sa route va croiser un homme énigmatique et sa vie va basculer. Elle va devoir affronter sa famille, qui n'a rien d'idyllique, et se battre pour sa survie. Elle va ainsi devenir Passeuse d'Ame, sous la houlette d'un formateur.

 

A partir de là, tout va s'enchaîner à une vitesse vertigineuse.

 

Sa vie est réglée mais une simple personne va tout chambouler. Une aura déboussolante, une présence particulière: Clayton. La transformation d'Erine en passeuse d'âme est une étape conséquente dans sa vie, qui ne sera pas sans conséquence.

 

J'ai été prise immédiatement dans le tourbillon Erine Homes. Ce petit bout de nana, un peu spécial mais trop attachant, nous emmène dans une aventure sans limite. Elle vient d'une famille très particulièrement, elle doit vivre avec un don dérangeant mais utile pour les autres. Elle préfère la solitude pour vivre tranquille.

 

J'adore tout ce qui touche aux esprits, au passage des âmes dans l'autre monde, au fragile équilibre qui régit le monde.

 

L'histoire a été très bien pensée et imaginée. L'enchaînement est logique et se fait naturellement. La trame est bien installée et maitrisée. J'ai trouvé beaucoup de talent chez cette auteure, digne des romancières célèbres dans le même genre.

 

Après avoir tourné la dernière page de ce tome 1, très bien écrit, je n'ai pas pu m'empêcher de commencer le tome 2. Je ne pouvais laisser ainsi mon héroïne, sans savoir ce qui allait se passer par la suite.

 

Et ce tome 2 est riche en rebondissement, vous pouvez me croire. Nous allons en apprendre plus sur la famille d'Erine et ce démon qui lui court après afin de pouvoir la ramener auprès de lui.

 

Ce second tome est une bataille acharnée, d'une part pour Erine afin de ne pas perdre son identité et sa vie, mais également pour les passeurs pour continuer à acheminer les âmes du mort dans le royaume de l'au-delà.

 

Une révolte couve et le pire est à craindre.

 

Le rythme est soutenu, aucun répit n'est possible. Nous sommes embarqués en plein coeur du conflit. Nous vibrons à l'unisson avec Erine, dont la situation a quelque peu évolué d'ailleurs.

 

Mais je n'en dirai pas plus pour laisser planer le suspens et vous inviter à vous dépêcher de les lire.

 

Ce second tome ouvre de nouvelles voies possibles pour une suite je vous le dis d'emblée.

 

Erine devient de plus en plus forte et se révèle un atout de poids pour le monde, que ce soit des vivants que des morts. Elle va affronter le démon qui la poursuit, Clayton et ses mensonges, sans oublier sa famille.

 

Elle va grandir et montrer à tous ce qu'elle vaut.

 

Les personnages secondaires, que j'ai retrouvé avec plaisir dans le second tome, sont tous aussi attachants qu'Erine et ont une place importante dans l'histoire.

 

Que ce soit son meilleur ami ambulancier, qui est un vrai roc pour elle, Clayton qui sera un allié malgré ses mensonges ou encore Noah, le Dieu de la Mort qui va lui révéler son passé, ils ont tous un rôle à jouer à ses côtés.

 

Je suis vraiment fan de cette série, dont j'attends le tome 3 avec maintenant beaucoup d'impatience.

 

Je profite de cette présente chronique pour parler un peu de l'auteure. Ceux qui me lisent savent que j'adore lire des auteurs qui débutent et s'auto produisent pour se faire connaître.

 

C'est le cas de Lyn A Lewis, dont je vous invite à découvrir le blog très sympa et à en apprendre plus sur cette nana vraiment top: http://www.lynlewis.fr/

 

Son univers est passionnant et se reflète dans ses deux romans. On ne s'ennuie pas une minute avec Erine. Son attitude peut parfois lui donner un petit côté hautain mais qui se retrouve vite effacé par son humanité et sa grandeur d'âme (sans vilain de jeu de mot bien sûr).

 

En résumé, je dirai ces quelques mots.

 

Je suis véritablement ravie de cette découverte littéraire faite par hasard. L'univers de ces livres me plait beaucoup et l'histoire m'a charmée. L'écriture est très belle et le style est soutenu. Je n'ai ressenti aucune lourdeur, ni ennui.

 

Le ton est donné pour nous tenir en haleine jusqu'aux dernières pages et la fin m'insuffle la pensée suivante: à quand le 3ème tome????

 

Allez découvrir cette jeune auteure qui mérite d'être connue.

 

Très bonne lecture à tous

 

Marjorie

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ARRÊTE AVEC TES MENSONGES

Philippe BESSON

Philippe BESSON

L'histoire : Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : "Arrête avec tes mensonges." J'inventais si bien les histoires, paraît-il, qu'elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J'ai fini par en faire un métier. Je suis devenu romancier. Aujourd'hui, voilà que j'obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre. Autant prévenir d'emblée : pas de règlement de compte, pas de violence, pas de névrose familiale. Mais un amour, quand même. Un amour immense et tenu secret. Qui a fini par me rattraper.

 

Mon avis : Depuis que j'ai découvert cet auteur, j'aime ses livres et je les dévore dès leur sortie. A chaque fois, que je lis Philippe Besson, j'ai l'impression de voir un tableau d'Edward hopper, pour sa description d'une certaine solitude.

 

Cette fois-ci l'auteur nous raconte son premier amour. Dans la France des années 80 en province, où il devait être difficile de pouvoir vivre pleinement sa sexualité différente. C'est la rencontre entre deux garçons au lycée, l'un fils du directeur d'école et Thomas le fils de paysans.

 

Philippe lui assume sa différence sans peur, ni honte, mais il n'en est pas question pour Thomas, cet amour doit rester secret. Philippe en ressent une immense frustration de devoir dissimuler leur histoire.

 

Les rencontres, où ils s'aiment vite et fort, les premiers émois physiques et surtout l'insupportable attente entre deux rendez-vous.

 

Philippe Besson décrit très bien le manque de l'autre, de sa peau, l'absence qui s'enveloppe de silence. La tristesse, la privation de l'être aimé qui amène une forme de folie, comparable au manque de drogue : "L'autre devenu inaccessible".

 

Cette histoire va finir, après le bac. Philippe va suivre la route tracée pour lui, intégré une prépa HEC à Bordeaux, et effacer Thomas.

 

En 2007, vingt ans après, Philippe rencontre Lucas le fils de Thomas et apprend ainsi sa vie, son mariage, la naissance de son fils, mais Philippe ne cherche pas à contacter son premier amour car les années ont passé.

 

En 2016, un courrier de Lucas, demandant à le voir, et ainsi Philippe apprend la mort de son premier amour. Thomas s'est suicidé, Lucas lui apprend qu'un jour son père a décidé de changer de vie, il quitte la maison, sa ferme, renonce à ses droits à l'héritage, demande le divorce.

 

Une façon très radicale de se débarrasser du fardeau, d'éradiquer le passé, de solder les comptes. Pendant huit ans pas de nouvelles, puis le retour. Lucas attend vainement des explications, que son père ne lui donnera pas, mais grâce à des lettres, son héritage, Lucas pourra mieux cerner la vie de son père.

 

On dit toujours que l'on n'oublie jamais son premier amour. Je vous souhaite une très bonne lecture.

 

Kalou

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La fenêtre de Dieu

Cédric Blondelot

Cédric Blondelot

L'histoire:

 

Une femme qui décède aux Etats-Unis, un bébé abandonné à Paris, une vache qui meurt et se transforme en Perfecto.

 

Tolbiac Juillet grandit dans l'insouciance, auprès de parents adoptifs qui lui offrent la vie de rêve qu'il mérite.

 

Mais voilà, les toilettes peuvent être traitres et le voilà aspiré par une cuvette traitresse, l'envoyant bourlinguer dans une autre vie, une autre époque.

 

Qui aurait pu penser que des WC avaient des pouvoirs magiques???

 

Mon avis:

 

Tolbiac Juillet, alias Cédric Blondelot, a croisé mon chemin il y a quelques mois, m'invitant à découvrir son univers. Après moultes recherches, je vis que ce monsieur avait son petit fan club bien à lui, tous tombés sous son charme.

 

Alors, pourquoi pas moi?

 

Après lecture de la Fenêtre de Dieu, je confirme bien volontiers mon adhésion au groupe.

 

J'avoue avoir écarquillé grand les yeux dès les premiers chapitres. Entre les pensées d'une vache et ses réflexions psychologiques (très justes d'ailleurs), l'histoire de Tolbiac et son incapacité à une constance totale, je suis tombée sous le charme de l'ambiance du livre.

 

Tolbiac Juillet a été abandonné près d'un kiosque à journaux dans le 13ème arrondissement un jour de juillet... d'où son patronyme.

 

Il ne maitrise pas trop sa vie et se retrouve un jour aspiré par le trou des chiottes, un peu comme les poissons dans le Monde de Némo (ça c'est de la comparaison quand même...), pour atterir dans le sud de la France, en décembre, sous les traits de Zéphyr Derien.

 

Il est le seul à savoir qui il est mais là, bien sur, ça complique un peu les choses.

 

Je suis bluffée je dois le dire. C'est une véritable réussite. La fin me laisse sur ma faim.... Tolbiac Juillet, revenez vite, on s'ennuie sans vous....

 

On sent le travail de recherche effectué pour crédibiliser l'histoire. La plume est légère et très agréable à lire. Le style est soutenu et sans lourdeur.

 

Cédric BLONDELOT mérite les éloges reçues des lecteurs et j'espère poser ma modeste pierre à son édifice.

 

J'ai beaucoup d'admiration pour les auteurs qui se battent chaque jour pour se faire connaitre et exister dans notre univers littéraire actuel.

 

Alors je concluerai ma chronique avec ceci:

 

si vous avez envie de plonger dans un monde décalé mais tordant, si vous avez envie de nouveauté et n'avez pas peur de finir accro, lisez La fenêtre de Dieu.

 

PS: en plus l'auteur est vachement sympa, ce qui ne gâche en rien ce plaisir.

 

PPS: j'ai plané à Saint Malo, pour la malouine que je suis, ma ville adorée me manque. Merci merci d'y avoir basé une partie de votre histoire

 

Bonne lecture les accros

 

Marjorie

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Chanson douce

Leïla Slimani

Leïla Slimani

L'histoire:

 

Lorsque Myriam, jeune mère de famille, décide de retourner travailler, il lui faut trouver un système de garde pour ses deux jeunes enfants. Elle se met donc en quête d'une nounou avec l'aide de son mari Paul. Leuur chemin va croiser celui de Louise, qui semble être la candidate parfaite.

 

Va alors commencer une relation de dépendance entre ces parents et leur nounou de rêve.

 

Mais à quel prix?

 

Mon avis:

 

Sur un véritable coup de tête, j'ai succombé à la vague Leïla Slimani et je me suis lancée dans son roman pébliscité par le pays. J'ai mis un peu moins de 3 heures pour lire son livre.

 

Comme tout le monde le dit, l'histoire débute par une phrase très courte et choc: le bébé est mort. En trois pages, le ton est donné pour le reste du bouquin.

 

D'ailleurs, ce livre est un véritable électrochoc.

 

Myriam, qui pensait s'épanouir dans son job de mère de au foyer, se rend compte que cela ne lui convient pas, que son travail d'avocat lui manque et qu'elle veut plus que ce qu'elle a. Comment lui en vouloir?

 

Après avoir réussi à convaincre son mari, ils se lancent dans le recrutement de la nounou parfaite et croisent ainsi le chemin de Louise, perfection incarnée qui va les séduire.

 

Je dois dire qu'après avoir lu ce livre, ma première pensée fut que je voulais pas de nounou le jour où je serai maman. Je pense que nous sommes beaucoup à avoir pensé ça, à mon avis.

 

Et pourtant, nous avons besoin des nounous. C'est une relation particulière qui se noue avec elles. Elles font partie de la famille, elles "élèvent" les enfants des autres. Nous sommes dépendants d'elles pour mener nos propres vies. Et c'est là tout le dilemne qui se ressent dans ce livre.

 

Le style, voulu volontairement court et sec, accentue le malaise qui peut être ressenti à la lecture de ce livre. Il accentue le réalisme des personnages et pousse le lecteur à s'identifier à eux.

 

Nous sommes vite emportés dans l'histoire, voulant en savoir davantage sur cette femme si énigmatique, qui va entrer dans la vie de notre couple si vite que l'on ne s'en rend compte que trop tard, une sorte de voyeurisme.

 

J'ai eu beaucoup de mal avec le personnage de Louise. Trop parfaite, trop sûr d'elle, tellement discrète qu'on ne se rend pas compte qu'elle envahit l'espace vital. Je ne parle même pas de la belle-mère, qui représente tout ce que je déteste chez une grand-mère.

 

Il est déjà difficile pour une femme de réussir à allier travail et vie de famille. Mais quand des personnes extérieures s'en mêlent, rien ne va.

 

Ce livre, sans être une grande révélation littéraire, est une très bonne lecture, dont le thème, très contemporain de notre époque, parlera à beaucoup de lecteurs. Le style est parfait pour souligner le ressenti du lecteur. La plume est sans défaut.

 

Ce livre laissera une empreinte dans notre esprit après l'avoir terminé. Peut-être est ce là le talent de Leïla Slimani....

 

Marjorie

 

 

 

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VERA KAPLAN

Laurent Sagalovitsch

Laurent Sagalovitsch

L'histoire :

 

A Tel Aviv, un homme apprend par courrier le suicide de sa grand-mère, Véra Kaplan, dont il ignorait l'existence. La lettre venue d'Allemagne, est accompagnée de l'ultime témoignage de la défunte, et d'un terrifiant manuscrit : son journal de guerre, celui d'une jeune juive berlinoise qui, d'abord pour sauver ses parents puis simplement pour rester en vie, en est venue à commettre l'impensable, dénoncer d'autres juifs, par centaines. Dans ce récit sans complaisance, librement inspiré du destin véritable de Stella Goldschlag, Laurent Sagalovitsch dresse le portrait d'une victime monstrueuse dévoré par une pulsion de vie inhumaine.

 

Mon avis : Ce roman embarrasse, sa lecture est difficile, mais surtout je n'ai pas voulu juger.

 

Une lettre d'un notaire arrivée d'Allemagne en 1995, à la recherche de l'héritière de Véra Kaplan et un homme se découvre une grand-mère juive allemande, ce qui n'a rien d'extraordinaire pour lui dont la mère est née à Berlin en 1945. 

 

Alors le passé refait surface avec une violence inouïe. Dans les papiers fournis par le notaire, le testament de Véra adressé à sa fille, le journal d'une jeune juive à Berlin pendant les années terribles de la nomination d'Adolf Hitler au poste de Chancelier à la défaite du IIIe Reich.

 

Cette jeune fille Véra Kaplan qui voulait survivre et seulement sauver ses proches, prise dans la tourmente devient "agent de la Gestapo" et dévoile les adresses cachées de familles juives.

 

Le journal de Vera devenue à la fois délatrice et putain au service de la Gestapo, de cette alliance avec le diable est effrayant à lire.

 

Au fur et à mesure de l'avancée de la guerre, elle doit prouver son utilité, servir la mort et ses bourreaux pour lui échapper. Berlin devient une prison pour elle. Ce récit est marqué par la violence des actes, des non-dits et de la grande lâcheté des hommes.

 

A la fin de la guerre Véra Kaplan accouche d'une petite fille en prison, la justice va la lui enlever.

 

C'est un roman sur la transmission, les dégâts que causent les grands secrets, le poids qui se transmet de générations en générations. Ce livre est très très difficile à lire, car il touche à l'impensable. Et je comprends que cette lecture puisse mettre mal à l'aise des lecteurs.

 

La préface du livre est très intéressante :

"Qu'un peuple aussi débonnaire ait pu devenir ce peuple de chiens enragés, voilà un sujet inépuisable de perplexité et de stupéfaction. On nous reprochera de comparer ces malfaiteurs à des chiens ? Je l'avoue en effet : la comparaison est injurieuse pour les chiens. Des chiens n'auraient pas inventé les fours crématoires, ni pensé à faire des piqûres de phénol dans le coeur des petits enfants...."

Vladimir Jankélévitch, l'Imprescriptible.

 

Cet paragraphe est à la fin du livre, et je trouve que ce texte est tellement vrai :

"Les destins extraordinaires sont le fait d'époques extraordinaires. Si celui de ma grand-mère l'a été, c'est qu'elle a vécu à une époque extraordinaire. Elle n'a pas agi comme elle l'entendait, mais comme l'époque réclamait qu'elle agisse. Née à une autre époque, à une tout autre époque, son existence se serait écoulée dans la banalité d'une vie normale - mais elle est née à Berlin en 1922. Dès le départ, elle n'avait aucune chance que son histoire se termine bien."

 

Kalou

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SYNGUE SABOUR

Atiq Rahimi

Atiq Rahimi

L'histoire :

Cette pierre que tu poses devant toi..devant laquelle tu te lamentes sur tous tes malheurs, toutes tes misères..à qui tu confies tout ce que tu as sur le coeur et que tu n'oses pas révéler aux autres...Tu lui parles, tu lui parles. Et la pierre t'écoute, éponge tous tes mots, tes secrets, jusqu'à ce qu'un beau jour, elle éclate. Elle tombe en miettes. Et ce jour-là, tu es délivré de toutes tes souffrances, de toutes tes peines....Comment appelle-t-on cette pierre ?

 

Mon avis : 

 

Quelque part en Afghanistan, sur fond de guerre, le décor est réduit à une chambre sans meuble, un homme grièvement blessé silencieux, une femme qui le soigne, et dans la pièce à côté deux petites filles au début de l'histoire.

 

On ne connaît pas le prénom des protagonistes, l'atmosphère est étouffante, le tête à tête entre cette femme et son mari est angoissant.

 

Le monologue de cette femme, un constat presque clinique qui déroute, le récit de sa courte vie faite d'humiliations, de mariage imposé avec un homme plus âgé qui passe son temps à faire la guerre, ses rancoeurs, son enfermement, l'aliénation des femmes par les femmes (belle-mère), la solitude, l'absence de communication.

 

Ce monologue est très violent, très cru, sa haine pour la vie qu'on lui impose.

 

Très peu d'autres personnages traversent cette histoire, le mollah, les petites filles, les soldats qui envahissent sa maison et lui volent son coran, et le jeune soldat qui va revenir la voir.

 

Il y a de très furtifs éclairs de tendresse dans les paroles de cette femme, pour sa tante et son beau-père. La femme confie son immense douleur à une "pierre de patience" parler pour mourir enfin libre.

 

La fin de ce récit est effrayante, j'avoue que j'ai eu du mal avec cette lecture, mais il faut lire ce livre, car il est important de découvrir comment vivent ces femmes.

 

Ce livre est le prix Goncourt 2008, je l'ai découvert très tardivement à l'occasion d'un café littéraire, dont le thème était l'oeuvre de cet écrivain.

 

Kalou

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CHARLOTTE DELBO (La vie retrouvée)

Ghislaine DUNANT

Ghislaine DUNANT

Description : Un jour dans ma vie, j'ai cherché une voix qui mette des mots sur la mort qui arrache les êtres les plus aimés. Sur la douleur que rien ne peut adoucir. Et sur les fantômes qui venaient autour de moi quand je pensais à la catastrophe d'Auschwitz. J'ai lu "Aucun de nous ne reviendra" et les autres livres de Charlotte Delbo. Pour la première fois j'ai trouvé des mots qui avaient traversé la mort, des mots qui revenaient et m'apportaient une connaissance que j'attendais.

 

Mon avis : Cette biographie se lit comme un roman, elle rend hommage à une femme exceptionnelle, injustement oubliée : Charlotte Delbo (1913 - 1985)

 

Charlotte est fille d'immigrés italiens, autodidacte, qui aime passionnément la littérature, elle a été la secrétaire de Louis Jouvet au théâtre de l'Athénée. Elle retranscrit toutes ses pièces et ses cours. La guerre arrive, elle entre en résistance au côté de son mari Georges Dudach, ils sont communistes, arrêtés en 1942, leur sort est scellé, lui sera fusillé au Mont Valérien, elle va partir le 24 janvier 1943 du Fort de Romainville pour Auschwitz-Birkenau.

 

A son retour en mai 1945, elle écrit à son mentor Louis Jouvet "Trois années de méditation avec la mort et l'espoir tour à tour m'ont donné le pouvoir d'évoquer et de susciter les êtres dans leur vérité".

 

Pour se reconstruire, en 1946 elle rédige une trilogie remarquable. Elle raconte avec une grande délicatesse, la vie, le destin et la souffrance des femmes qui l'ont accompagnée dans cet enfer. Son écriture est d'une grande légèreté, elle se rapproche de la méthode narrative du théâtre classique, ses textes ne ressemblent pas aux autres écrits concentrationnaires. Pour l'édition de ses livres, elle va attendre quinze ans, et malheureusement le public n'était pas au rendez-vous, peut être pas prêt à recevoir une telle oeuvre.

 

Cette femme solitaire, n'appartenant à aucun parti, avec le soutien de quelques amis, ne va jamais renier ses opinions, et ses idées. Elle défendra toute sa vie, ses camarades, la résistance et son expérience terrible de la déportation contre les idées négationnistes.

 

Cette biographie est vibrante d'empathie, elle rend hommage à la belle langue de Charlotte Delbo, à cette femme solaire et attachante. On ressent à la lecture l'admiration de Ghislaine Dunant pour cette femme indomptable. Merci à vous de ce beau livre. Chères lectrices et lecteurs de ce blog, faîtes un bout de chemin avec Charlotte vous ne le regretterez pas.

 

Voici quelques titres des livres de Charlotte Delbo :

Aucun de nous ne reviendra (Auschwitz et après - I)

 Une connaissance inutile (II)

 Mesure de nos jours (II)

Le convoi du 24 janvier (Convoi des 230 femmes qui chantaient en gare de Compiègne)

49 sont revenues après 27 mois de déportation.

 

Dans "Une connaissance inutile" elle explique comment à Ravensbrück, elle rencontre une petite gitane qui lui propose contre une ration de pain (Le Misanthrope : dans la collection des petits classiques de Larousse)..."Je n'en croyais pas mes yeux. Il y avait donc quelqu'un qui avait emporté un Misanthrope pour le voyage à Ravensbrück.....Qui n'a jamais payé un livre aussi cher....?"

 

Charlotte Delbo avait peur de perdre la mémoire, car perdre la mémoire, c'est se perdre soi-même, elle a appris le Misanthrope par coeur.

Kalou

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UN ETE AU KANSAI

Romain Slocombe

Romain Slocombe

L'histoire :

"En ces splendides jours d'été, comment imaginer qu'au-delà de l'horizon si bleu et si calme, les flots sont souillés d'huile et de sang, les avions piquent et explosent, les corps noircis de mazout dérivent jusqu'aux plages paradisiaques pour y finir rongés par les crabes ?"

Friedrich Kessler a vingt-quatre ans lorsqu'il débarque au Japon en 1941, nommé à l'ambassade du Reich. Sa carrière de diplomate lui a évité d'être enrôlé dans l'armée. Amateur de jazz et des récits des Mille et Une Nuits, Kessler a voulu partir le plus loin possible. Les femmes s'intéressent à ce rêveur ; que ce soit la robuste Helma, épouse délaissée de l'ambassadeur, où la jolie Hiltraud que ses collègues surnomment l'infirmière SS. Mais les combats se rapprochent : Berlin, où vit la soeur de Friedrich, est déjà sous les bombes, Tokyo va brûler à son tour lors des grands raids américains du printemps 1945. Portrait tragique d'une civilisation menée au désastre par le fanatisme de ses dirigeants, voyage initiatique d'un occidental épris d'art et de philosophie. Un été au Kansai donne la parole aux vaincus de la Seconde Guerre Mondiale, et nous interroge sur la possibilité de bonheur et du progrès dans un monde au bord de l'apocalypse.

Mon avis :

Roman passionnant, il faut juste accepter le style très particulier, une correspondance à sens unique de Friedrich Kessler à sa soeur Liese à Berlin. On découvre à travers ses lettres, l'avis d'un jeune homme basé à Tokyo pendant la guerre, dans l'atmosphère feutrée de l'ambassade d'Allemagne, sur l'idéologie nazie et tous les événements tragiques de cette époque.

Il y a un mélange de tourisme, une découverte de la culture japonaise, sa passion pour les estampes, sa peur pour les siens et ses amis, les bombardements en Allemagne, du front de l'Est avec la mort de ses meilleurs amis. La découverte des relations amoureuses, c'est un roman épistolaire où l'on découvre du Japon tout le déroulement de cette période abominable, et la description très réaliste du survol par un bombardier B29 américain de la capitale japonaise.

C'est un roman sur la fanatisme et la folie des hommes, on peut dire aussi que c'est le portrait tragique des civilisations de cette triste période des années 1930 à 1945. La dernière lettre envoyée à Liese en Allemagne est poignante, écrite en 1946 par une infirmière japonaise, elle explique la mort de Friedrich pendant le bombardement d'Hiroshima.

Partez à la découverte de ce livre, si vous avez envie de découvrir l'histoire d'une façon moins traditionnelle. Bonne lecture à vous.

 

Catherine

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Elle lui dirait dans l'île

Françoise Xénakis

Françoise Xénakis

L'histoire:

Ca y est. Le sésame attendu depuis 3 ans est arrivé. Il ne faut pas que j'oublie la couverture préparée pour lui. Je sais déjà ce que je vais lui. Je vais lui parler du sapin. Il n'est pas mort finalement. 3 ans que j'attends de le voir, de sentir sa peau contre la mienne, son odeur sur moi. 3 ans que j'attends. Et je vais enfin le voir.

Mon avis:

"Elle lui dirait sur l'île" est l'histoire d'une femme qui attend 3 ans d'obtenir enfin le papier lui permettant de venir voir son mari, détenu dans un camp de concentration sur une île. 3 ans qu'elle ne vit plus, qu'elle ne vit que pour ce moment.

Ce livre est peu épais mais ces pages débordent des sentiments de cette femme, dont la vie s'est arrêtée un jour il y a 3 ans, quand on est venu arrêter son mari.

Elle imagine tous les jours ce qu'elle pourra lui dire quand elle le verra. Ces petites choses qui peuplent sa vie, sans lui. Ce sapin qui finalement repousse. Et surtout, elle est fière de lui apporter cette couverture qu'elle a faite pour lui, composée de toutes ses robes.

Cette histoire est percutante mais pas très facile à lire au début. Aucun schéma traditionnel d'écriture. Des pensées posées à même le papier dans un mélange hétéroclite d'envie, de passion, de questions, de peur.

Françoise Xénakis a vu son mari partir en camp pour être interné, tout comme son héroïne.

Je ne connaissais pas cet auteur, conseillé par ma mère, et je suis ravie de l'avoir découverte.

"Elle lui dirait sur l'île" nous met dans la peau de toutes ces femmes qui ont vécu ces moments, loin de leurs maris internés, qui ont vu leur vie s'arrêter un jour et qui se sont demandées comment continuer à vivre.

Un voyage au coeur de l'âme humaine qui ne nous laisse pas indifférent, mis en valeur par une plume exceptionnelle d'une grande dame de la littérature française

 

Marjorie

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ZEN

Maxence Fermine

Maxence Fermine

Description : Chaque jour, de l'aube au crépuscule, Maître Kuro pratique l'art subtil de la calligraphie. Pendant de longues heures, dans un recueillement proche de la plénitude, il reste agenouillé devant un rouleau de papier de riz et le recouvre d'encre noire. Peu lui importe le vaste monde et ce qui le régit depuis des siècles. Il vit concentré sur son labeur et sur la direction, la finesse du trait qu'il dessine à main levée. Avec verticalité, harmonie, simplicité et élégance. Ainsi va la vie tranquille et apaisante de Maître Kuro jusqu'au jour où....

Mon avis : C'est un pur moment de bonheur que ce livre de 134 pages, dans cette folle vie bousculée, de course contre le temps, l'auteur nous invite à une lecture douce, un havre de paix intérieur. Les phrases sont brèves, l'écriture est épurée.

Ce livre est une vraie rencontre, d'une rare pureté, à déguster, lire, relire......

Nous suivons la vie de Maître Kuro, homme réputé dans cet art si difficile de la calligraphie, il vit dans une pagode au milieu d'une forêt magnifique d'érables qui en automne prennent une teinte rougeoyante. Sa vie retirée et solitaire relève d'une harmonie proche de l'accord parfait. Il partage sa vie tranquille et apaisante, entre la calligraphie, l'enseignement réservé à quelques élèves très doués, l'écriture et la méditation.

Chaque matin avant de s'installer dans son atelier, Maître Kuro s'occupe de son jardin, observe le mouvement des nuages, respire les parfums de la nature, savoure cet instant et ce silence. L'existence de Maître Kuro pourrait continuer ainsi, dans ce calme et cette sécurité, cette vie que l'on peut qualifier de zen. Mais à tout moment l'équilibre fragile peut être balayé par l'imprévu, qui se présente sous les traits de Yuna, ravissante jeune femme très douée, désirant prendre des cours pour parfaire son art.

Mais je vous laisse découvrir la suite, si vous avez envie de "douceur dans ce monde de brutes"....prenez le temps de vous installer confortablement dans un bon fauteuil, et de partir à la découverte de ce "coup de coeur", que j'aimerais bien partager avec vous. Bonne lecture à vous en compagnie de Maître Kuro, Yuna et la calligraphie.

Oubliez pendant quelques heures la course folle du temps......et redécouvrez le silence....

Dédicace : "Les vraies rencontres sont rares François Cheng"

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